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Ils en parlent | l'Usine – Centre national des arts de la rue et de l'espace public(Tournefeuille / Toulouse Métropole)

Ils en parlent

Claude Faber

janvier 2017

J’ai toujours aimé les usines. Certainement parce que lorsque j’étais gamin, mon père nous en parlait tout le temps. « Il faut que j’aille à l’usine », « lui, c’est un gars de l’usine », « nous, à l’usine, on ne fait pas ça .. », « … ça se passe comme ça à l’usine … », « … un jour ou l’autre, l’usine va finir par fermer … ». C’était toute sa vie. Il y avait commencé comme jeune dépanneur de brûleurs à mazout. Il en deviendra l’un des directeurs avant d’en être éjecté comme tant d’autres par la violence du choc pétrolier de 74.

Pour le gamin que j’étais, cette usine, elle était devenue un être vivant. Une sorte de molosse intrigant, de métaux, de briques et de chairs. Elle était surtout un objet de respect devant lequel on baissait le regard. Elle faisait vivre la famille. Et rien que pour ça …

 

Quand je suis venu la première fois à l’Usine de Tournefeuille, j’ai repensé à toute cette histoire. Faut dire … les machines outils, les ferrailles éparpillées, les hauts plafonds, les voix fortes, les ateliers que l’on n’ose à approcher, la production et tout son mystère, la noblesse du geste … tout y était réuni. Dans une harmonie aussi spectaculaire qu’émouvante. J’y suis venu avec mes amis, avec nos notes de musique, nos terres à sculpter et mes mots éparpillés. J’y suis venu – nous sommes venus – pour travailler, comme on dit. Oui, nous y avons trouvé des outils. Et surtout une communauté de femmes et d’hommes – disponibles, créatifs et attentifs – qui nous ont confirmé une fois de plus que la création (pour ne pas dire la production) est avant tout une histoire profondément humaine. Cette Usine a du corps. Cette Usine a du cœur. Je suis persuadé qu’elle aurait plu à mon père.

 

Claude Faber

janvier 2017

Marion Vian, Philippe Saunier-Borell et Mathieu Maisonneuve

juillet 2016

Deux projets, deux histoires sur deux territoires bien distincts…

 

Mais de nombreux points communs réunissent ces deux structures, en commençant par la matière artistique accompagnée : les arts de la rue/arts publics et la présence d’une compagnie emblématique : le Phun qui fait partie des fondateurs de l’Usine et des complices historiques de Pronomade(s) depuis plus de 15 ans.

 

Le parcours du festival des Saint-Gaudingue, une reconnaissance nationale des choix soutenus, la création de la première saison des arts de la rue en France, un engagement déterminé dans la définition des politiques publiques de ce secteur ont convaincu tous les partenaires publics d’attribuer à l’équipe de Pronomade(s) le label de Centre national des arts de la rue.

 

Dans ses missions, et comme pour les 13 autres CNAR en France, il est attendu que soient menées des opérations de partenariat (coréalisation, co-accueil, co-diffusion…) avec d’autres porteurs de projets, afin d’élargir le soutien aux compagnies.

 

L’évidence s’imposait entre l’Usine et Pronomade(s), tant leurs lieux de création sont complémentaires, dans leur savoir-faire et leurs espaces. C’est ainsi que des projets coproduits par l’un sont diffusés par l’autre, qu’une création est accueillie sur un temps de fabrique chez l’un et un temps de répétition chez l’autre ou qu’ensemble les deux structures diffusent, sur l’agglomération toulousaine et dans le Comminges, ESPACE EN TROP la même compagnie. Dans ces dernières années ont bénéficié de ces soutiens croisés : L’apprentie Cie, P2BYM, le PHUN, Cie Dakar, les 198 os, la Cie Bélé Bélé ou tout récemment La Française de Comptages…

 

Marion Vian et Philippe Saunier-Borell

codirecteurs de Pronomade(s) en Haute-Garonne

Mathieu Maisonneuve

directeur de l’Usine

juillet 2016

Jean-Sébastien Steil

janvier 2016

L’idée de transmission est au cœur du mot usine. Dérivé du mot wallon oeuchine, il désignait au Moyen-Age un bâtiment artisanal construit au bord d’un cours d’eau dont la force hydraulique permettait de mouvoir des rouages et d’activer des outils.

 

L’Usine est un lieu de transmission, de don de savoirs, de savoir-faire et de techniques mais aussi lieu d’échanges imperceptibles, fluides comme les masses d’eau qui s’écoulent dans le même sens : ce que les uns savent passe à d’autres, de main à main, de personne à personne. Ce mouvement est une évidence : sans grands mots ni explications didactiques, chacun y contribue et y grandit, par porosité mais aussi par une capacité commune à l’ouverture, à la plasticité, à la disponibilité et au partage.

 

Je pourrais dire que « j’y ai tout appris », mais ce ne serait qu’une expression paresseuse. La vérité est que j’y ai appris l’essentiel : les métiers de la création artistique sont des métiers de coopération. Toute réalisation artistique – scénographie, installation, spectacle, film…-, est d’abord le fruit d’engagements associés et de forces conjointes.

 

Je compte à l’Usine davantage que d’anciens collègues ou amis : j’y ai des maîtres et des compagnons. Il était évident que les apprentis de la FAI-AR, formation-transmission pour les arts de la rue que j’ai l’honneur de piloter aujourd’hui, aient la chance de connaître à leur tour ce lieu rare pour y rencontrer dans le travail ceux qui l’animent avec force, les outils à la main, tels les artisans d’hier.

 

Jean-Sébastien Steil
Directeur de la FAI-AR
Formation supérieure d’art en espace public

janvier 2016

Filgi Claverie

juillet 2015

D’abord il a fallu trouver où c’était.

 

«Tu verras, c’est facile quand tu arrives à Portet, tu sors comme pour aller à «Carroufe», tu prends vers Tournefeuille, et après c’est indiqué».

C’est ça, c’est indiqué!

Mais quand tu arrives du Pays Basque, si c’est pas la dernière maison rouge et blanche sur «Belazkebietako Bidea», avec un palmier devant, c’est plus difficile à trouver.

Bon, j’ai fini par y arriver à cette satanée impasse Marcel Paul, dans la zone Pahin. Et quand je suis entré dans la cour, j’ai su que je ne m’étais pas trompé …

 

Premier contact, premier café, premiers échanges, visite des lieux, réunion des Quarantenaires (je suis le seul cinquantenaire). On refait le monde, on se promet plein de choses, plein de collaborations et de partenariats, on parle de se revoir. Et puis Le Petit Théâtre de Pain et ses projets nous relie, l’Usine est souvent là pour soutenir leurs idées invraisemblables, comme nous. Après on croise les Thérèses au détour d’un contrat pour cet épatant projet de «Pyrénées de Cirque», on se revoit au festival de Ramonville, on se fade le Phun pendant deux ans avec les «Pheuillus des Pyrénées» (spéciale dédidace for Isa, Phéraille, Christian, Professeur Corbière, Bouly, Lierni, Olivier, Magali, Elise), on reçoit le G Bistaki, les Prêt à porter ou le Boustrophedon, on se recroise à Huesca, à Aurillac, ailleurs…

 

En fait, on ne se voit pas souvent, mais on ne se quitte jamais vraiment, on ne se parle pas beaucoup, mais on est ensemble quand il le faut, on se lit toujours, mais on ne s’écrit pas fidèlement.

 

C’est comme ça quand on est des vrais amis.

 

Filgi Claverie

responsable du service culturel

Communauté de communes Errobi Herri elkargoa

juillet 2015

Garniouze

janvier 2015

Équarrisseurs de tous les pays…

 

De mes premiers pas dans l’Usine en 1993 résonnent les sons d’Igor fracassant à la masse puis minutieusement au marteau des radiateurs en fonte. Les morceaux étaient destinés au cubilot du « Fourneau » des Ets Katertone, pour y redevenir par le feu et la coulée une autre source de chaleur. Une trace. Feu Ets Katertone, feu les P’tites d’en face, feu Images Publiques, feu Color y Calor. Feu les Compagnies d’alors. Feu ces flamboyances qui illuminent toujours. Sarments de braise du brasero Usine. De ces coulées de métal luminescentes restent aujourd’hui ces sculptures massives qui ornent les jardins « du coté de chez Yo », et surtout un esprit de fonte qui dépasse le bâti.

 

A l’époque où « c’était mieux avant », il pleuvait sur Igor de grosses gouttes qui traversaient la toiture. Robert tenait le bureau dans un vieux bus Merco de 67 et de la poudre d’os et de tuile crissait sous nos pas dans cette ancienne zone d’équarrissage. C’était un squatt à Blagnac, bien avant la délocalisation. On y produisait à la chaîne artisanale des voitures de pompier en papier mâché…

 

…Plus de vingt ans après, ici, on équarrit encore. Le site a bien changé, la pratique demeure, vive. Toutes ces nouvelles carcasses qui arrivent chaque jour ! On équarrit à gorge déployée. De tout : du cartilage à graisse, du patron en papier, de l’entrechat public, du tendon de tungstène, de la charcute de projet, des nombres entiers mais bien réels, de la cervelle en tube, des feuilles à jamais mortes, du copeau de chez Noble, de la pluche de côtelettes, de la gélatine d’acier, de l’argile 2.0, en bleu de travail ou bien du ciel, et puis du jaune aussi. C’est bien le jaune.

 

Il y a de plus en plus d’équarrisseurs avec de plus en plus de façons différentes de le faire. Il y a tellement de façons de ronger un os. Il y a tellement de façons de broyer un radiateur.

 

C’est là, dans cet amalgame de fonte et de phosphore que je perçois encore l’Usine. L’acier toujours pétri de chair qui fait, je le souhaite pour longtemps encore, la force de ce grand Tout, qui en est le garant. Tel ce taureau assis, Phoenix d’ossements de radiateurs et d’utopie collective, qui médite toujours, les années passant, le cul dans les bambous, sage et serein face aux gardians du temple.

 

Garniouze, comédien

janvier 2015

Fred Sancère

juillet 2014

S’il y a un point commun entre l’Usine et Derrière Le Hublot, un élément essentiel et constitutif de ces projets, c’est d’être, le plus souvent, là où on ne les attend pas.

 

Ces deux aventures artistiques et culturelles, remuantes et indociles, se sont d’abord construites dans le dos de l’institution, là où dans un premier temps elles n’étaient peut-être pas attendues. Construire dans les bordures, en faisant le plus régulièrement possible et par nécessité le pas de côté, est la « marque de fabrique » de ces deux projets, devenus par la force de leur travail, deux projets artistiques et culturels de territoire.

 

Aujourd’hui reconnus, l’Usine comme Derrière Le Hublot, s’inscrivent pleinement dans le paysage régional et national de la création artistique en espace public. Cette reconnaissance n’enlève rien à la fragilité structurelle de ces aventures, dont la longue histoire dit autant de l’ambition qui anime les équipes de fondateurs, que du long chemin qui reste à parcourir pour que ces lieux puissent être consolidés de manière véritablement pérenne.

 

A force d’engagement et de travail quotidien, semant de petits cailloux en multipliant les collaborations avec les autres réseaux de la création artistique, co-inventant avec les acteurs du développement local et régional des projets artistiques et culturels de territoire, l’Usine et Derrière Le Hublot participent à l’irrigation culturelle et à l’équilibre territorial. Leurs aventures sont complexes, leur histoire les a rendus exigeants, la nécessité leur apprend parfois la souplesse et une certaine forme de malléabilité, les marges leur donnent parfois le sens de l’opportunité et de la réactivité. Ici s’invente autre chose. Des bordures naissent quelques belles histoires.

 

Que l’aventure se poursuive. Bon vent !

 

Fred Sancère

directeur de Derrière Le Hublot

projet artistique et culturel de territoire / Grand Figeac – Midi-Pyrénées

juillet 2014

Sandrine Maisonneuve

juillet 2014

A l’image de mon dernier projet en cours ECHO est un corps plastique, c’est bien la notion de plasticité qui traverse l’Usine. Un projet protéiforme trouve écho en son sein, car si l’artiste connaît son intention de départ, il creuse sa forme dans le réel et peut en déployer de nouvelles, dans la continuité, condition pour que l’expérimentation soit propice à la création de nouveaux matériaux.

 

Résider à l’Usine, c’est faire l’expérience du prolongement. Regarder ensemble l’horizon, étendre des idées, des désirs, des bras, des outils, des textes, des constructions, des véhicules sensibles, tout geste et forme capable de traverser, de transporter ici ou ailleurs une intention. Chacun est à l’écoute à son endroit, ouvert sur les autres, car c’est bien de la curiosité qui fait de chaque rencontre des pensées fécondes, des intentions nourries et qui s’épanouissent dans la liberté simple d’être tentées.

 

Mon expérience à l’Usine, c’est celle d’habiter un lieu plastique. Un emboîtement de mondes où l’on passe du micro au macro, où chaque univers est aussi une matrice au sein de laquelle se fabrique un autre univers.

 

Là où l’expérience du regard est quantique, l’individu est rendu à sa multiplicité.

 

Sandrine Maisonneuve, chorégraphe

juillet 2014

Tomeo Vergés et Véronique Petit

janvier 2014

Pas de clé, pas d’horaires, chacun travaille à son rythme.

Une cantine pour partager les repas, une réflexion sur le travail que l’on mène, débattre sur un article du journal le temps d’un café. Une ruche où tout est au service de la création, où l’on se sent accompagné, soutenu.

 

Pour nous qui sommes plus habitués aux boîtes noires des théâtres, Fin d’interdiction de stationner est l’occasion de développer un travail dans des espaces insolites, imaginer des constructions inhabituelles avec le sentiment que tout est possible ou presque… 

 

C’est tout cela qui nous fait dire avec enthousiasme : tous à l’Usine! 

 

Tomeo Vergés

Véronique Petit Cie ManDrake – Paris

compagnie invitée pour le 7e opus de Fin d’interdiction de stationner

janvier 2014

Ghislaine Gouby

janvier 2014

Dans une Usine on fabrique, c’est ainsi, c’est un outil de production. On ne produit pas de produits dans cette usine-ci, on n’aime pas cela les produits, on aime la production, et notamment celle, si particulière, d’œuvres d’art.
On y œuvre et on y travaille beaucoup, on y danse et on joue itou dans cette si unique Usine à Tournefeuille. Des gestes immenses qui construisent des décors colossaux et des gestes minuscules de grande imagination qui inventent chaque jour – et aussi la nuit – des « décors » à venir.
Il y a parfois du rock en roll quasi métallique au café, des coins d’accueil et des centaines de mètres carrés silencieux ou très sonores permettant de répéter. Les artistes y font des manèges, des oiseaux de fer, des barques de lumière… bref, des spectacles inattendus qu’ils vont jouer dans la rue ou sous des chapiteaux. Quelquefois dans des théâtres. Le GdRA sera ainsi en scène bientôt à l’Usine et au Théâtre Sorano. C’est bien ce lien.

 

Ghislaine Gouby
Directrice
Théâtres Sorano-Jules Julien – Toulouse

janvier 2014

Participants à « Passez, passez » – Fin d’interdiction de stationner opus 6

juillet 2013

Voici les quelques mots reflétant les ressentis et impressions des neuf habitants de Toulouse Métropole qui ont participé à ce projet de territoire mené en 2012-2013 avec Christine Maltete (chorégraphe du Group Berthe) à Launaguet, Tournefeuille et Villeneuve-Tolosane.

 

Initiation
Aventure
Expérience unique et merveilleuse
Intimité
Rencontre
Limites
Dépassement de soi
Enrichissement
Attachement
Création d’un groupe, d’une équipe
Courage d’aller plus loin
Faire aujourd’hui des choses que l’on n’osait pas avant
Générosité
Engagement collectif

 

Thierry Commarmond, Lou Geraud-Parry, Myriam Gharbi, Céline Guillard, Jean-Louis Guillemin, Muriel Haziza, Françoise Maisongrande, Simon Poustis, Anne-Marie Roméro

juillet 2013

Maguy Marin

juillet 2013

l’Usine

 

Travailler, manger, dormir. Faire à plusieurs. Voilà ce qui se déploie quand on travaille à l’Usine.

 

Espace ouvert en permanence, liberté d’aller et venir, curiosité des uns et des autres, fluidité des regards et des paroles échangés au cours des repas délicieux préparés par Yo, on sent que ça vit là-dedans, que ça y travaille et depuis longtemps. Force de résistance, de volonté, de plaisir, de joie.
Alors on se dit qu’il est fondamental qu’ici et là, se déposent des espaces singuliers qui permettent cela.

 

Des lieux pour produire dans l’intervalle du flux normal des choses, des événements qui font signe d’une multitude de petites déviations porteuses d’un désordre vital s’infiltrant dans ce qui est, pour le transformer au fur et à mesure : une conquête continue d’espaces de liberté, de démocratie et de créativité.

 

Des lieux qui, tout à la fois, s’ouvrent et se ferment, s’isolent et se rendent accessibles et pénétrables pour une mise en partage, un besoin de socialiser les questions qui nous tourmentent.

 

Maguy Marin
chorégraphe

juillet 2013

Sébastien Barrier

janvier 2013

« Pourtant j’ai une grosse machine, une très grosse machine… »
Igor. Récital.

 

Qui eût cru, il y a trois ans ou presque, que l’Usine aujourd’hui serait ce qu’elle est ?

 

Qui aurait pensé qu’elle survivrait à son déménagement, qu’elle s’accommoderait de sa peau neuve, de sa toute fraîche reconnaissance, de ce bâtiment qu’on ferait sortir de terre pour elle ?

 

Qui se serait imaginé qu’un jour, enfin, pourraient cohabiter les intérêts particuliers des structures, utilisateurs et compagnies, et ceux de l’Usine en tant que lieu de fabrique, de recherche ou de diffusion ?

 

Franchement, pas moi.

 

J’avoue qu’entre-temps j’ai quitté le navire. Entre atermoiements affectifs, fatigue du collectif, besoin des ciels de Loire, dégoût pour les bardages de la Zone Pahin, j’ai préféré partir.
Mettre fin à un cycle. Presque dix ans, c’est bien assez.

 

Et puis je reviens souvent. La dernière fois, c’était fin octobre, pour faire visiter les lieux, avec Tablantec, à la délégation culture du Parti Socialiste lors de son congrès toulousain. Ils ont a-do-ré.

 

Parmi la multitude d’images qui me reviennent quand j’essaie de réfléchir à ce qu’est devenu l’Usine, je me souviens d’Ethnographiques, une des performances du GdRA.

 

Il s’agissait de mettre en scène des textes d’auteurs de la région ayant séjourné à l’Usine. Les pauvres avaient été lâchés en plein hiver, quelques jours seulement – comment écrire sur l’Usine en quelques jours ? – dans les murs en béton lissé du tout nouveau lieu.

 

Nous y errions alors (j’y habitais encore), comme à la recherche d’une âme oubliée entre la Ramée et le Canal de Saint-Martory, dans une maison pas encore assez salie, patinée, pétrie de notre histoire. Pas encore à nous.

 

Les textes qu’avaient produits les auteurs racontaient ce désarroi – le leur surtout. Le seul qui semblait l’avoir bien vécu n’avait pas écrit une ligne. Il avait traversé, en revanche, un certain nombre d’apéros. Il y a peut-être une façon d’arriver à l’Usine ; il y a sans doute aussi des moments plus propices que d’autres pour y faire son entrée.

 

Pour ce spectacle, nous avions fait de Bertrand la figure de Vendredi, et du regard lointain des écrivains celle d’un Robinson perdu sur une île lointaine, et dont il ne comprend ni les codes, ni les enjeux. On ne peut pas dire que les auteurs aient goûté la métaphore.

 

Nous avons joué dans la grande halle, et malgré une acoustique plus propice aux barrissements fantasmés d’un éléphant disparu qu’à la scansion et à l’écoute d’un texte bavard et dense – entrecoupé, dieu merci, des danses de Julien et des chants de Christophe – nous avions eu énormément de plaisir, moi peut-être plus encore, à clamer, en tendresse et empathie, notre soutien à Vendredi.

 

Je me souviens de Marc ému aux larmes, de Yo reconnaissant, et d’autres encore nous remerciant d’avoir bien voulu prendre parti.

 

Finalement, ce moment marqua symboliquement pour moi une double réussite du lieu.

 

Celle, tout d’abord, d’une transition entre deux systèmes, entre deux moments de l’histoire de l’Usine : le passage d’un fonctionnement de « syndic », réunion de structures et de compagnies, fortes d’une histoire commune, mais animées de leurs propres logiques, esthétiques, besoins, rythmes, objectifs et intentions, et peinant, de fait, à penser l’Usine comme une entité propre et autonome, à celui d’un lieu hébergeant ces différences et en accueillant de nouvelles, mais dont la direction, en outre, d’un projet et d’une mission d’écriture, d’imprégnation, de diffusion territoriales est reconnue, acceptée, assumée, partagée et portée par chacun de ses membres, et devient ainsi enfin… légitime.

 

Celle, ensuite, de la possibilité mise en pratique d’accueillir dans ce temple autant d’esthétiques, de croyances, de courants, de tentatives et de couleurs qu’en compte aujourd’hui l’art dans l’espace public – terme, j’en conviens, qu’il reste à définir, mais une autre fois.

 

Oui, j’ai le sentiment d’un lieu moins clivé aujourd’hui qu’il ne le fût hier, d’un groupe plus ouvert, d’un espace, vaste, où se croisent simplement et en paix danseurs d’abribus et C.A.P chaudronnerie, supporters des frères Young et fans des sœurs Goadec, penseurs gigantesques de l’espace public et fomenteurs intimes de paroles susurrées, performeurs intellos et bonimenteurs de pavé, siroteurs de tisane et buveurs de pastis…

 

C’est, je crois, le fruit du travail de l’équipe de l’Usine – je ne les flatte pas, je les connais bien, et connais leurs défauts.

 

C’est aussi, naturellement, l’histoire en train de s’écrire, d’un groupe qui évolue, se questionne, se tolère et se supporte… finalement.

 

Alors voilà, bloavez mad à toutes et tous, membres, utilisateurs, adhérents, visiteurs, acteurs, techniciens et auteurs en résidence, et tout de bon pour cette nouvelle année.

 

Sébastien Barrier

janvier 2013

Serge Borras

janvier 2013

Les réponses apportées au débat sur la démocratisation de la culture ne parviennent pas à satisfaire un corps social et ses acteurs de quelque côté qu’ils se trouvent de l’échiquier, gageons que la question est mal posée.

 

De quelle question peut-il bien s’agir pour se cristalliser ainsi, tel un Graal inatteignable ?

 

Pour tenter de bien la définir, procédons à un état des lieux, à défaut d’une évaluation vers laquelle nos pratiques, c’est si vrai dans notre secteur, ne nous portent pas.

 

Que voit-on sur le territoire ?

Admettons qu’il est convenablement couvert en opérateurs divers, lieux de diffusion ou d’accompagnement, compagnies, centres d’enseignement, festivals. Il nous arrive même d’être surpris par une abondance d’équipements due à un problème (éternel lui aussi) d’aménagement du territoire. Cette dynamique est sans doute ralentie, mais pas à l’arrêt.
Le public (mon constat me fait dire : les publics) semble répondre à l’offre, elle aussi, importante.

 

Donc, les budgets, même en danger, existent, pour créer, produire et être usager.

 

Pour autant, un nombre important de citoyen(ne)s ne sont pas (ou ne nous paraissent pas ?) usagers, des équipes ont du mal à travailler. La question du partage n’est pas posée, par conséquent pas tranchée.

 

Partage de l’objectif politique, des projets, des moyens, des cultures : c’est bien de mutualisation, de redistribution et de rencontre qu’il s’agit. Ce partage est entrepris, il a besoin de permanence.

 

Ces questions sont tout autant essentielles des points de vue artistique et esthétique. « Bing-Bang », porté par la compagnie les 198 os visant à réaliser un théâtre de la conciliation, est un exemple de la nécessaire constance de nos interrogations. C’est d’ailleurs pourquoi le Théâtre Georges Leygues et l’Usine se retrouvent partenaires autour de ce projet de création.

 

Au fait, pourquoi défendre la culture ? Une réponse parmi tant d’autres possibles :

 

« L’idéologie de l’homme-bulle, l’homme sorti de sa condition humaine, l’homme sans terre, sans racine, sans origine, l’homme dépourvu de tout ce qui fait une culture, une appartenance et des liens, l’homme versé au grand marché, réduit soit à son pouvoir d’achat soit à sa force de travail, c’est le chemin vers la perte d’autonomie individuelle comme collective. »

Hervé Juvin – écrivain et essayiste, est économiste, spécialiste du secteur financier

(La Fabrique de l’humain / France Culture / septembre 2010)

 

Serge Borras

directeur du Théâtre Georges Leygues

Villeneuve-sur-Lot

janvier 2013

Marc Fouilland

juillet 2012

Un des premiers contacts que j’ai eu avec l’Usine, c’est à travers
Ses artistes et équipes associés qu’il s’est déroulé, en les rencontrant chez eux.
Indiscutablement, la présence d’équipes qui travaillent et parfois vivent sur place
Nourrit ce lieu et ses relations avec les autres acteurs culturels et artistiques.
En s’installant dans ses nouveaux locaux, le projet de l’Usine est plus clair, il
Constitue un des espaces de trafic artistique sur l’agglomération toulousaine.
Il n’y a pas, pour moi, de liens spécifiques entre les arts de la rue et les arts du cirque,
Rares sont les artistes qui circulent entre ces deux « arts », et si des œuvres dites
Circassiennes se déroulent dans l’espace public, le travail du corps rapproche
A priori plus le cirque de la danse que de la rue, mais la question n’est pas là.
Administrativement les arts sont distincts, mais les arts n’ont pas de frontières.
Impossible de se limiter à une définition. L’Usine, comme CIRCa, sont nés d’une histoire et
Non d’une définition, d’un statut. Nos projets sont donc à construire, et en cela ils sont
Vivants. Nos complémentarités à accompagner des projets artistiques, à
Envisager la construction de scénographies à Tournefeuille, pour des créations soutenues
Notamment par CIRCa ou pour des résidences dans l’agglomération comme celle de la Cie 111,
Tissent ces liens entre nous, entre Toulouse Métropole et les autres acteurs en Région.
En travaillant avec l’équipe de l’Usine, nous ressentons cette complicité, cette envie d’être au
Réel service de l’artistique. En ce sens, les relations Usine CIRCa sont à inventer à chaque fois.

 

Marc Fouilland

directeur de CIRCa, Pôle national des arts du cirque – Auch – Gers

juillet 2012

Annie Bozzini

juillet 2012

A nous qui n’aimons guère les occupations de l’espace public et qui craignons de voir raturer des espaces de circulation par des artistes gentiment folkloriques, bref à nous qui pensons ces interventions à grands coups de poncifs et de lieux communs, l’Usine a aidé à la transformation du regard en l’affinant sérieusement sur ces commandos urbains que nous avions du mal à trouver sympathiques.

 

L’espace public, s’il est un bien chéri dans lequel devraient s’épanouir des formes de beauté taillées sur mesure par des architectes urbanistes… est aussi devenu un espace de créativité et d’inventivité qui nous détourne de notre ordinaire. Et puis ces espaces sont multiples et ils peuvent même être ceux d’un musée comme nous l’avons expérimenté cette saison aux Augustins pour une création qui mettait en scène des gardiens du musée avec des danseurs professionnels. Car c’est bien une des caractéristiques de l’espace public que de provoquer des drôles de rencontres dans de drôles d’endroits.

 

De la qualité de la rencontre dépend le succès de l’opération et le bonheur du spectateur. Ainsi dans les jardins, les cours, les escaliers, les salles d’exposition du Musée des Augustins se sont déroulées des cérémonies inédites et pour tout dire, assez inhabituelles dans ces lieux dont le quotidien est fait de silence et de quiétude. Cette “agitation“ orchestrée par la chorégraphe Robyn Orlin a été possible grâce à la mise en commun de ces partenariats qui fondent aujourd’hui l’essentiel de nos activités et qui permettent à des audiences différentes de se croiser.

 

Par ailleurs, l’Usine est en soi une ville ouverte qui permet à des artistes de toutes disciplines de se rencontrer et de se poser le temps d’une répétition, d’un filage ou d’une présentation et d’entreposer des bribes d’une mémoire en mouvement. C’est également dans cette sédimentation des gestes que nous plaçons notre collaboration avec l’Usine. Et toujours avec plaisir.

 

Annie Bozzini
directrice du Centre de Développement Chorégraphique Toulouse / Midi-Pyrénées

juillet 2012

Christine Miakinen

janvier 2012

L’enseignement des arts appliqués en lycée professionnel m’a conduit à proposer un lien entre les apprentissages dispensés dans les lycées et une application de ces savoirs professionnels dans divers milieux artistiques. L’Usine est un lieu idéal pour créer ce lien, les métiers déclinés y sont variés, les expériences humaines multiples. Les élèves sont ici confrontés à l’univers particulier des arts de la rue, où l’engagement total guide la vie de chacun, où l’impossible devient réalisable.

 

En 2005-2006, avec le Lycée des métiers du bâtiment Bayard, nous avons ainsi réalisé une baleine mobile de cinq mètres sur deux qui a fait appel aux constructeurs et acteurs de l’Usine et aux compétences des élèves de dessin en architecture, de métallerie, de menuiserie et de peinture. Cet objet fut adopté par les élèves du Lycée Bayard comme un espace scénique protéiforme entre le bateau et la cité qui accueillait du chant et de la danse hip hop.

 

Les expériences suivantes au Lycée Jolimont en 2010 ou au Lycée professionnel Le Mirail avec le projet « Les vitrines décalées » cette année, confirment la pertinence de ce lien entre le lycée professionnel et l’Usine avec l’acquisition d’une culture artistique ancrée dans les problématiques contemporaines.

 

Christine Miakinen, professeur d’arts appliqués au Lycée professionnel du Mirail (Toulouse, 31)

janvier 2012

Philippe Saunier Borell

janvier 2012

Deux projets, deux histoires sur deux territoires bien distincts…

 

Mais de nombreux points communs réunissent ces deux structures, en commençant par la matière artistique accompagnée : les arts de la rue/arts publics et la présence d’une compagnie emblématique : le Phun qui fait partie des fondateurs de l’Usine et des complices historiques de Pronomade(s) depuis plus de 15 ans.

 

Le parcours du festival des Saint-Gaudingue, une reconnaissance nationale des choix soutenus, la création de la première saison des arts de la rue en France, un engagement déterminé dans la définition des politiques publiques de ce secteur ont convaincu tous les partenaires publics d’attribuer à l’équipe de Pronomade(s) le label de Centre national des arts de la rue.

 

Dans ses missions, et comme pour les 8 autres CNAR en France, il est attendu que soient menées des opérations de partenariat (coréalisation, co-accueil, co-diffusion…) avec d’autres porteurs de projets, afin d’élargir le soutien aux compagnies.

 

L’évidence s’imposait entre l’Usine et Pronomade(s), tant leurs lieux de création sont complémentaires, dans leur savoir-faire et leurs espaces. C’est ainsi que des projets coproduits par l’un sont diffusés par l’autre, qu’une création est accueillie sur un temps de fabrique chez l’un et un temps de répétition chez l’autre ou qu’ensemble les deux structures diffusent, sur l’agglomération toulousaine et dans le Comminges, la même compagnie. Ces dernières années, plusieurs compagnies ont bénéficié de ces soutiens croisés : L’apprentie Cie, P2BYM, le Phun, Cie Dakar et prochainement les 198 os ou la Cie Bélé Bélé.

 

Philippe Saunier Borell, co-directeur de Pronomade(s) en Haute-Garonne, centre national des arts de la rue (Encausse-les-Thermes, 31)

janvier 2012

Régis Friaud

juin 2011

A la fin des années 80, quand j’ai commencé à fabriquer de grands décors
avec quelques uns de mes camarades aventuriers du spectacle de rue,
nous avons investi la première «Usine» du nom,
une ancienne usine d’équarrissage à Blagnac.

Une véritable ruine,
nous redoutions chaque jour de prendre une poutre
ou une tuile sur le coin du nez.
En plein vent en hiver,
sous la pluie au printemps,
sous le soleil en été…
les pires conditions de travail qu’on puisse imaginer.

 

On peut dire qu’on en a rêvé de cet atelier modèle
où on aurait des portes et des fenêtres à fermer contre les courants d’air,
avec l’eau courante et potable
et des toilettes dignes de ce nom
et pourquoi pas une douche avec de l’eau chaude
et du 380 pour souder sans que tout saute sans arrêt à cause de l’humidité
et aussi une cuisine
et aussi un manitou pour charger les camions
et pourquoi pas un pont roulant pour soulever les charges, …
Il était dans nos têtes depuis longtemps cet atelier de rêve…

 

Maintenant il existe.

 

Pourquoi ?
Parce que quand tu portes fort tes rêves,
ils finissent par te porter.

 

Régis Friaud
Décorateur, constructeur, peintre en lettres

juin 2011

Christophe Rhules

juin 2011

Le territoire et ses personnes

 

Un exemple : « le Rouergue » est la dénomination ancienne d’un territoire politique correspondant approximativement à l’actuel Aveyron doté de ses frontières de la cartographie officielle. Quelques habitants, en ce lieu circonscrit, font de ce nom et de son étymologie occitane « Roergue » une réalité identitaire et concrète à défendre. Ils fabriquent ainsi une concrétion de plus comme le sont les drapeaux, les emblèmes nationaux ou territoriaux, les toponymes, les balises, les chemins et les routes. Or, rajoutons un tréma sur le « e » de Roërgue et proposons :

  • – Que tout territoire, avec ses spécificités historiques et culturelles ancrées, n’est que le fruit de ce que ses habitants et ses observateurs en font et en disent, qu’il est aussi une imagination. Le territoire est une concrétion de relations dont certaines lui échappent, traversent les frontières, s’enracinent dans le sol, empruntent des réseaux dématérialisés ou/et aériens. Le territoire est une réalité relationnelle vivante qui questionne la politique des cartes.
    – Que les dénominations réelles sont souvent le fruit de dominations économiques et politiques. La valse des toponymes, ethnonymes, exonymes ou endonymes et sa grande musique des noms sont des mouvements de tension où la polyphonie s’arbitre par la politique, ses possibles violences et ses douces sagesses éventuelles. Mais attention car derrières les panneaux, les avertisseurs et les indications, des noms secrets, anciens, émergeants ou plus ou moins visibles s’affichent ou persistent. Chaque territoire possède ses arts de faire et ses prophètes.
    – Que les territoires imaginés et leurs dénominations croisées en « nous » et « eux » sont le fruit de ces enjeux de qualification eux-mêmes liés à des enjeux pratiques où les terres se disputent et les frontières s’arrangent. Qu’il faut donc admettre cette fluctuation du paysage et la rendre à ses récits et personnes qui font, disent, déplacent. Que ce regard attentif aux personnes qui font les territoires tend vers une écologie des pratiques.

 

C’est à la croisée de ces trois axiomes, propositions ludiques et rien de plus que le GdRA se permet de délicatement poser des trémas sur et autour des noms et des mots. C’est ainsi que nous avons la sensation de rencontrer des personnes qui font des territoires et de fabriquer à notre tour des concrétions (spectacles, expositions, lectures, performances) qui oscillent entre la réalité et la fiction et s’avancent sous le couvert du récit.

 

Christophe Rhules, cie le GdRA

juin 2011

Muriel Barral

janvier 2011

La formation professionnelle dans le milieu culturel

 

La formation découverte des arts de la rue réalisée à l’Usine était enrichissante. Au niveau des connaissances théoriques, j’ai découvert l’histoire, le panorama, la structuration et les outils pour mieux comprendre et appréhender les arts de la rue. Un domaine pluridisciplinaire vaste par ses différentes pratiques pour lequel l’accompagnement à la création et à la production est primordial.
Le fait de démarrer la formation par la redéfinition du terme arts de la rue était utile car nous partions tous avec des idées incomplètes. J’ai saisi l’importance et les enjeux que peuvent avoir des projets par rapport aux territoires, aux habitants et à l’environnement.
Cette formation à l’Usine m’a permis de voir concrètement comment ce genre de structure fonctionne et l’ambiance qui y règne. J’ai compris la nécessité des lieux comme l’Usine où une multitude d’artistes peuvent se rencontrer et créer grâce à des locaux, des moyens adaptés et au soutien de la structure. Les espaces ouverts du bâtiment permettent aux personnes et aux idées de circuler librement et on peut facilement sentir la richesse de ces échanges.

 

Muriel Barral, participante formation arts de la rue 2010

janvier 2011

Jérôme Lautré

janvier 2011

La Sortie d’Usine – le lien territoire et création

 

J’ai assisté au spectacle en création SHÛTEN- duo de danse pour un abribus de la compagnie P2BYM lors d’une sortie d’Usine en 2010.

Ce qui m’a tout d’abord interpellé dans la proposition, c’est la proximité avec l’environnement : les artistes se fondent avec le public. Les danseurs évoluent devant un abribus, là où les gens se croisent dans les trajectoires urbaines. Contrairement à certains spectacles où le périmètre est défini et la frontière entre acteurs et spectateurs visible, dans SHÛTEN cette frontière disparaît. Public et artistes ne font plus qu’un.
Le spectateur est interpellé par le côté incongru de la scène et passé cet effet de surprise, il comprend rapidement que le ballet qui prend forme sous ses yeux n’est autre que le ballet de la vie, celui de nos vies. Une vie faite d’attentes, de mécaniques réglées comme des automates, de fragilité, de joies et de peines. Ces deux danseurs réussissent tour à tour à nous faire sourire, nous émouvoir et réfléchir sur notre propre comportement au quotidien.
Et l’on marche ainsi, pendant plusieurs minutes sur un fil minuscule entre rêve et réalité. L’expression spectacle de rue prend ici tout son sens car la rue est un spectacle à elle seule, que peu de personnes prennent le temps d’observer.
La performance s’achève, les personnages s’éclipsent. Chacun reprend le cours de sa vie.

Jérôme Lautré, participant de l’œil en coulisses 2009

janvier 2011

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